Prendre mes sources au cœur même de la nature : tout est là, il suffit de cueillir les matières, réunir les éléments Terre, Air, Eau, Feu.

Aller à la rencontre des matières, apprendre à les connaître, lier une intimité.

Parcourir d’anciennes mines, ramasser roches et minéraux. Se rendre sur les lieux où repose l’argile ; carrières abandonnées où repoussent arbres et taillis, filon qui affleure au détour d’un chemin, sur le bord d’un talus, d’une mare.

S’imprégner de la poésie des lieux.

Rêver.

Plonger les mains dans la terre, goûter les variations infimes de la matière. Mille paysages dans quelques poignées de terre. Sables micacés, granites décomposés, feldspaths, terres des Pyrénées, des Corbières, de Dordogne… se retrouvent à Loustalou sous les grands chênes. Les limaces y font leur maison, les mousses, les feuilles mortes s’y déposent. Le temps continue son travail ; le soleil et la pluie, le gel, le vent…

Choisir, réunir ces matières pour préparer des terres sigillées, pour composer une pâte ou une glaçure. Préparations en petites quantités, adaptées au fur et à mesure des cuissons.

Chaque pièce est modelée à partir d’une boule d’argile. Doucement la terre est pincée entre les doigts. Longtemps, tranquillement, des pressions se succèdent, légères.

Laisser couler à travers mes mains le cœur de la nature.

Le son délicat des doigts qui parcourent la surface du bol, sans cesse changeante. Profond, long corps à corps avec la terre, avec soi-même.

Le petit dragon sommeille.

Le bois sèche auprès de lui.

Dans la forêt aux alentours de la maison, ramasser le châtaignier pour les prochaines cuissons.

Les pièces biscuitées sont défournées à chaud, les surfaces travaillées avec de la sciure, des feuilles mortes. Pour une cuisson d’émail, seulement un ou deux bols sont cuits en même temps afin de suivre au plus près le mûrissement de chaque pièce.

Garder un œil à l’intérieur du four. Nourrir le feu… Surveiller l’état de la glaçure ; du mat au satiné, vers le brillant, la formation de bulles, de retraits, de coulées. Déplacer, faire pivoter le bol dans la flamme, le sortir un instant pour l’apprécier hors du feu, le replonger, encore…

Dans le four la couleur est orange clair à jaune.

Une même pièce peut être émaillée et soumise au feu à plusieurs reprises.

L’usage du bol promet encore de lentes métamorphoses. Le thé pénètre le corps de la pièce, souligne délicatement de fines craquelures, comme la douceur de l’automne qui roussi les feuillages.

Les mains aussi déposent leur patine, au fil du temps.

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